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Qu’est-ce qu’une ville en Transition ?

Une ville en transition est une ville dans laquelle se déroule une initiative de transition, c’est-à-dire un processus impliquant la communauté et visant à assurer la résilience (capacité à encaisser les crises économiques et/ou écologiques) de la ville face au double défi que représentent le pic pétrolier et le dérèglement climatique.

Ce processus a été développé en 2005 par les étudiants du cours de soutenabilité appliquée de l’université de Kinsale (Irlande) sous la direction de Rob Hopkins, formateur et enseignant en permaculture[1]. La première mise en application a été initiée en 2006 dans la ville de Totnes au Royaume Uni. Depuis, le mouvement est devenu international et compte plus de 150 initiatives officielles[2].

L’originalité du mouvement des initiatives de transition sur les mouvements écologistes ou sociaux existants tient en plusieurs points. Tout d’abord, la vision de l’avenir est résolument optimiste, et les crises sont vues comme des occasions de changer radicalement la société actuelle. La deuxième originalité est que le mouvement concerne la communauté dans son ensemble car c’est cette dernière qui doit porter le changement. L’action ne doit pas exclusivement venir des gestes individuels quotidiens, ni des instances politiques via la législation. C’est pourquoi le mouvement des initiatives de transition est apolitique et ne choisit pas les confrontations (manifestations, ...). Ensuite, le mouvement a développé une théorie psychologique inspirée de celle des traitements des dépendances toxicologiques pour tenter de traduire le désespoir ou le déni souvent consécutifs à la découverte du pic pétrolier et de notre dépendance au pétrole, en actions concrètes. Cette originalité semble à la source du succès que connaît le mouvement des villes en transition[2], mais elle suscite aussi des critiques, notamment sur le manque d’engagement politique.

Le double défi du pic pétrolier et du dérèglement climatique

Le pic pétrolier

La notion de pic pétrolier n’exprime pas la fin des réserves de pétrole, mais traduit la fin du pétrole conventionnel bon marché. À l’échelle d’une région, la production de pétrole suit une courbe de distribution normale (voir le cycle d’exploitation d’un gisement), c’est-à-dire que la production croît rapidement, avant de s’infléchir, de passer par un plateau de production, pour suivre le mouvement inverse. Le pic pétrolier est la date à laquelle la courbe de production mondiale n’augmentera plus, traduisant le maximum de production atteint. À ce moment-là, et pour la première fois, la demande excèdera durablement la production, provoquant une hausse des prix qui s’intensifiera à mesure que la production décroîtra.

L’estimation de la date du pic pétrolier varie suivant les compagnies pétrolières, les institutions officielles et les associations d’étude du pic. Ces différences peuvent provenir d’une vision différente (vision économiciste dans laquelle la production suit la demande), d’une divergence sur la théorie (la notion même de pic pétrolier), de l’incertitude sur l’estimation de certaines données (les réserves sont des données géostratégiques) ou sur différents modes opératoires de calcul (prise en compte ou non du pétrole non conventionnel). De plus, la consommation, autre variable affectant le pic, est soumise à des évènements (externes ou issus de rétroactions), par exemple politiques ou économiques. Les différents pronostiques vont donc du déni d’un pic pétrolier pour l’OPEP[3], à l’horizon 2020 pour la compagnie Total[3], ou en 2008 pour l’ASPO (association pour l’étude du pic du pétrole et du gaz naturel)[4].

La descente énergétique

Les initiatives de transition s’intéressent aux réponses à apporter pour résister aux différentes crises, notamment celle engendrée par le pic pétrolier. Aussi, plus que le pic lui même, c’est le futur énergétique dicté par la déplétion de pétrole qui intéresse les groupes de transition[5]. Le concept de descente énergétique (energy descent) est défini par Rob Hopkins comme « le déclin continu de l’énergie nette sur laquelle se base l’humanité, qui est le reflet de la montée énergétique qui a pris place depuis la révolution industrielle. La descente énergétique se réfère également au scénario d’un futur dans lequel l’humanité s’est adaptée avec succès au déclin des énergies fossiles disponibles et est devenue plus locale et autosuffisante. C’est un terme privilégié par ceux qui voient le pic énergétique comme une possibilité vers un changement positif, plutôt que comme un désastre inévitable »[5].

Conséquences

Les pays dépendent du pétrole dans leur approvisionnement en énergie primaire qui en représente plus du tiers[6]. Concernant la France, le pétrole compte pour 33% de la consommation d’énergie primaire[7], et pour près de 44% de la consommation énergétique finale (près de 70% pour les énergies fossiles)[8]. Le pétrole a des propriétés et des qualités uniques qui dans nos sociétés le rendent indispensable dans un certain nombre de domaines, notamment ceux des transports et de la pétrochimie (matières plastiques, solvants, médicaments, fibres synthétiques, ...). Ces propriétés rendent également le pétrole indispensable pour la fabrication et la mise en place d’énergies alternatives (construction de centrales, traitement et stockage des déchets nucléaires, construction d’éoliennes ou de panneaux solaires, etc.).

Les initiatives de transition

Le mouvement des initiatives de transition s’intitulait à l’origine "villes en transition" (Transition Towns). Pour faire face à la diversité des différentes structures dont s’occupaient les différents groupes de transition (villes, villages, îles, districts, zones géographiques diverses, ...), le mouvement a été renommé mouvement des "initiatives de transition" (Transition Initiatives).

« Le mouvement de transition est un mouvement international qui vise à inspirer, à catalyser et à soutenir les réponses des communautés face au pic pétrolier et au changement climatique. C’est un mouvement qui a une vision positive, centré sur l’élaboration et la mise en œuvre de solutions, qui développe différents outils pour construire de la résilience et de la joie dans le monde. De l’éveil des consciences et de la création de groupes locaux d’alimentation, à l’édition de monnaies locales et au développement de « plans B » pour leur communauté, les mouvements de transition cherchent à prendre la fin de « l’âge du pétrole » comme une immense opportunité : l’opportunité de repenser profondément la plupart de ce que nous considérons comme acquis. »[9]

L’objectif de toute initiative de transition est de définir et mettre en œuvre un « plan d’action de descente énergétique » (PADE) propre à sa communauté, qui dessine une vision à 20 ans de ce que peut être un lieu de vie où la dépendance aux énergies fossiles est minimum et la résilience maximum. Pour ce faire, le PADE décrit, pour différents domaines comme l’alimentation le transport ou la santé, les étapes de la transition permettant de remplir les objectifs fixés. C’est dans le but d’aider les communautés souhaitant élaborer et mettre en place un PADE que le réseau des initiatives de transition a conceptualisé à partir des expériences des initiatives pionnières, un ensemble de principes directeurs formant une sorte de fondement théorique ; un ensemble d’étapes qui structurent une initiative de transition dans le temps ; ainsi qu’un ensemble de techniques pratiques.

Les principes

Le concept de ville en transition est basé sur un ensemble de principes qui se veulent facilement compréhensibles, et qui le distinguent des autres mouvements alternatifs[10].

Vision positive

Le principe des visions se réfère au présupposé que l’on ne peut tendre vers un objectif seulement si l’on peut visualiser comment ce sera si l’on y parvient. Ces visions se trouvent au cœur du plan de descente énergétique, qui contient des actions étalées sur les vingt années à venir. Cette vision diffère des courants écologistes traditionnels qui dressent un avenir sombre qui a pour conséquence de déprimer les gens et de leur faire croire qu’ils sont impuissants à agir.

Inclusion

Les défis et les conséquences du pic pétrolier et du dérèglement climatique nécessitent la participation de la société dans son ensemble. Tous les secteurs d’activité et tous les acteurs de la ville sont concernés et mis à contribution pour concrétiser la transition : citoyens à l’origine de l’initiative, associations, organisations professionnelles, administrations, enfants, actifs et retraités, dans les domaines énergétiques et économiques conventionnels ou plus inattendus comme la santé, l’éducation, l’immobilier, le tourisme ou encore les ressources maritimes. Contrairement aux ONG et aux associations écologistes, les mouvements de transition placent leur action au cœur de la communauté, et ne visent pas une action de lobbying auprès des instances politiques (locales, nationales ou internationales) en vue de changer la législation.

Éveil des consciences

Une des premières actions des villes en transition est d’informer le public aux enjeux du pic pétrolier et du dérèglement climatique. Les informations des médias sont souvent vagues et en dehors de la portée d’action du citoyen lambda, et sont souvent en contradiction avec les autres messages (qui présentent le modèle de développement actuel comme allant de soi, ou diffusant des publicités pour des voyages en avion).

Résilience

La résilience est la capacité des systèmes à retrouver leur équilibre après une perturbation. Dans le cadre des villes, la résilience est la capacité d’une ville à ne pas s’effondrer aux premiers signes d’une pénurie de pétrole ou de nourriture. La notion de résilience est différente de celle de soutenabilité, qui est la seule généralement mise en avant. Par exemple, une communauté qui récupère les déchets pour expédier au centre de tri réduit sa pression sur l’environnement, mais ne devient pas plus résiliente pour autant. Elle pourrait augmenter cette dernière en transformant localement ces déchets en matériaux d’isolation.

Compréhension psychologique

Une des principales barrières au passage à l’action est un sentiment d’impuissance, de solitude ou d’accablement que les catastrophes écologiques provoquent souvent. Le modèle des villes en transition utilise la compréhension de la psychologie en formulant une vision positive, en offrant des espaces rassurants où les personnes peuvent exprimer leurs craintes, et en valorisant les actions déjà effectuées en incluant dans le processus autant d’occasions de célébrer les succès que possible.

Les fondateurs du mouvement de transition analysent les raisons de l’inaction des gens conscients des dangers écologiques de leur mode de vie en faisant le parallèle entre la dépendance au pétrole et les études psychologiques des comportements face à la dépendance toxicologique[11].

Solutions crédibles et appropriées

Une fois que les dangers du pic pétrolier et du dérèglement climatique ont été révélés au public, les initiatives de Transition doivent laisser la possibilité aux gens de chercher des solutions pertinentes à une échelle appropriée, et ne pas se limiter aux solutions comme "éteindre les lumières en sortant de la pièce". Ceci est très important car les gens ne conçoivent en général que deux types de réponses : la réponse individuelle chez soi, et la réponse gouvernementale à l’échelle nationale. Les initiatives de transition explorent le niveau intermédiaire, celui des communautés.

Les étapes

Les étapes de la transition peuvent servir de guide de route à une nouvelle initiative de transition. Elles ont été élaborées pour maximiser les chances de succès d’une initiative, et la rendre plus efficace. Par exemple, la première expérience d’initiative de transition, initiée par Rob Hopkins et les étudiants du cours de soutenabilité appliquée de l’université de Kinsale, a commencé par la rédaction d’un plan d’action de descente énergétique. Mais la mise en œuvre de ce plan a échoué car il n’y avait pas eu de travail préparatoire pour initier les habitants et les politiques aux enjeux des crises à venir, et à l’importance d’un plan énergétique approprié[réf. nécessaire]. Se basant sur les retours d’expériences des premières initiatives de transition, douze étapes ont été définies[12]. Cette section présente un résumé de certaines de ces étapes.

Former un groupe de pilotage temporaire

Le groupe de pilotage se compose d’environ une demi-douzaine de personnes, et permet d’initier une transition. Les personnes formant ce groupe doivent bien maîtriser (ou se former sur) les notions de pic pétrolier et de dérèglement climatique, ainsi qu’avoir une bonne idée du mouvement des initiatives de transition. Ce groupe va prendre en charge les étapes suivantes jusqu’à la création des groupes de travail. Une fois au moins quatre de ces groupes formés, le groupe de pilotage sera dissout est recomposé à partir d’une personne de chaque groupe de pilotage. Le groupe de pilotage ne doit pas être trop grand pour pouvoir être efficace, mais doit contenir un minimum de personnes, pour ne pas que l’initiative ne repose que sur la volonté d’une ou deux personnes. Il est conseillé à au moins un membre de suivre une formation en permaculture, et il est nécessaire qu’au moins deux membres du groupe de pilotage suivent une formation aux initiatives de transition[13] (uniquement en anglais à l’heure actuelle) pour que l’initiative soit reconnue officiellement[14].

Sensibiliser

La sensibilisation permet d’introduire les notions de pic pétrolier et de dérèglement climatique, ainsi que de descente énergétique et de résilience, à la communauté (grand public, décideurs économiques, instances politiques). Cette sensibilisation peut prendre plusieurs formes (articles de presse, interventions dans des écoles, etc.), mais c’est en général les projections avec conférence et débats qui sont le plus privilégiées.

Les films permettent d’attirer un large public. Les films généralement choisis concernent le pic pétrolier, et dans une moindre mesure le dérèglement climatique[15]. Les conférences complètent les informations (par exemple en introduisant les autres problématiques, car les documentaires se concentrent généralement sur un seul problème), de gagner en crédibilité, d’attirer plus de monde, et d’orienter le débat vers une vision positive et la recherche de solutions. Les débats permettent aux gens d’exprimer leurs angoisses au sujet de ce qu’ils ont appris, pour ne pas qu’ils s’enferment dans le déni ou la dépression.

Organiser un « grand lancement »

Lorsque la communauté est suffisamment sensibilisée (ce qui prend en général de 6 mois à un an après la première projection) et que des contacts avec d’autres groupes (associations environnementales ou sociales, etc.) ont été liés, le groupe de pilotage organise le « grand lancement » (Great Unleashing). Cet événement mémorable va permettre de catalyser toutes les craintes et les attentes des gens pour trouver et mettre en œuvre des solutions. L’élan et l’énergie libérés pendant cet événement va permettre au mouvement de s’agrandir, en formant de nouveaux groupes.
Former des groupes de travail

Les groupes de travail se focalisent sur divers aspects de la vie quotidienne de la communauté : alimentation, déchets, énergie, éducation, jeunesse, économie, transports, eau, municipalité... Ces groupes ont leur propre façon de fonctionner. De manière générale, le déroulement d’une initiative de transition ne peut pas être contrôlé, car il dépend intrinsèquement des désirs de la communauté. Chaque membre d’un groupe est choisi, et l’ensemble de ces membres forme le nouveau groupe de pilotage, qui se réunit régulièrement pour faire le point. Le travail combiné des groupes doit permettre la rédaction d’un plan d’action de descente énergétique.

Rédiger un « plan d’action de descente énergétique »

Le plan d’action de descente énergétique (PADE) se base sur les travaux des différents groupes et organise les résultats en une vision unifiée à moyen terme (15 à 20 ans) ainsi que les étapes à effectuer à certaines dates pour y parvenir. Le PADE se base également sur un état des lieux des ressources de la commune (circuits de distributions, ressources naturelles, etc.) et prend en compte la politique actuelle mise en place. Le premier PADE a été rédigé par Kinsale, mais il a été le premier élément de l’initiative de transition de la ville, et non pas son achevement. Le PADE n’est pas une fin en soit. Une fois rédigé, il faut le mettre en œuvre et prendre en compte les retours d’application (difficulté imprévue, changement de contexte politique, social ou économique, ...). C’est à ce moment seulement que commence véritablement la transition de la communauté vers un futur plus résilient.

Économie

L’action qui a eu le plus grand retentissement pour la transition de Totnes est la création d’une monnaie locale[16], le « Totnes Pound ». Une telle monnaie a pour but de relocaliser les échanges économiques, et d’éviter la fuite de la richesse. De nombreuses monnaies locales existent, ainsi 66 systèmes de monnaie locale existent ou sont en projet en Allemagne et en Angleterre. Il existe en Suisse, le système du WIR depuis 1930 (1700 millions d’euros d’échanges en 2007) et les BerkShares dans le Vermont (USA) depuis 2006 (1 million de billets en circulation). Ces actions sont encouragées par les acteurs locaux : élus, banquiers, et bien sûr entreprises et commerçants. Un système existe en France, le Sol (pour solidaire) à Grenoble.

Des monnaies locales « fictives » existent également dans les systèmes d’échange local (SEL). Ces systèmes permettent l’échange de biens ou de services sans passer par une monnaie réelle, seul un système de points étant mis en place pour pouvoir quantifier la valeur des échanges.

Alimentation

L’alimentation occidentale est fortement dépendante des énergies fossiles, et une transition dans ce domaine est donc inéluctable[17]. La résilience dans le domaine de l’alimentation passe par une relocalisation et des modifications de la production agricole.

Ainsi des projets pourront avoir comme objectif de développer des potagers ruraux ou urbains, individuels ou collectifs (jardins familiaux, jardins communautaires), la plantation d’arbres (avec par exemple le projet de plantation de noyers à Totnes[18]), ou le partage de graines, pour augmenter les savoirs, les pratiques et l’auto-production au sein de la communauté.

Concernant les circuits d’alimentation, les projets visent à relocaliser la production et à raccourcir les circuits de distribution. C’est le cas avec la création de marchés de producteurs, d’AMAP ou de coopératives d’achat.

Les pratiques agricoles doivent également évoluer vers une agriculture plus respectueuse vis-à-vis de l’environnement et moins consommatrice d’hydrocarbures (pétrole pour les pesticides et la mécanisation, gaz naturel pour les engrais minéraux). Les projets pourront se tourner vers la mise en place d’une agriculture biologique ou biodynamique. La permaculture, dont les principes sous-tendent le mouvement des villes en transition, offre également des solutions pertinentes en matière agricole.

Transports

* Multiplier les circuits courts pour favoriser l’activité locale et limiter la consommation de pétrole liée aux transports. (AMAP, filière bois énergie ...), amplifier les relocalisations économiques.
* Se déplacer autrement : covoiturage et même autopartage (partage d’une voiture pour plusieurs personnes), transports en commun, transformation de routes en vélo-routes.

Énergie

La consommation d’énergie est impactée par tous les autres domaines. Ainsi, une agriculture biologique, le choix des transports en commun, de produits locaux et de saison diminue l’empreinte énergétique au niveau local comme global.

Le scénario négawatt[19] propose une réduction de l’empreinte énergétique sur la période 2000-2050 suivant trois axes : sobriété, éfficacité et utilisation d’énergies renouvelables.

Autres

* Recycler et échanger :

développer le compostage (éventuellement collectifs) pour utiliser ses déchets verts et produire localement engrais naturel et pesticides biologiques (par exemple le purin d’ortie), favoriser la réutilisation (emmaus, brocantes, braderies, marché aux puces, dons).
Influence de la permaculture
Article détaillé : Permaculture.

L’influence de la permaculture est prégnante dans le concept des villes en transition[20]. Rob Hopkins, l’initiateur du mouvement, enseigne la permaculture depuis plus de 10 ans.

La permaculture est une science de conception visant la création de lieux de vie humains soutenables. Lorsqu’il découvrit la réalité du pic pétrolier, le premier réflexe de Rob Hopkins fut de se servir des principes de la permaculture pour organiser une réponse. Il s’appuya notamment sur les travaux de David Holmgren[21], co-fondateur de la permaculture.

L’idée centrale des villes en transition, la résilience, est directement inspirée des écosystèmes naturels. En effet, ces derniers ont, contrairement à nos champs cultivés, la propriété d’être stables, diversifiés, de consommer un minimum d’énergie, d’être autonomes (cycles fermés) et de ne pas produire de pollution (grâce à la forte interconnexion de ses éléments : les déchets d’un système sont utilisés par d’autres systèmes). C’est un modèle parfait pour des systèmes humains devant drastiquement réduire leur consommation d’énergie et leur émissions de CO2 (et d’autres polluants). L’apport de la permaculture est d’offrir une base philosophique ainsi que des principes généraux et des exemples concrets de mise en œuvre de systèmes basés sur les caractéristiques souhaitables des systèmes naturels.

Cependant la permaculture souffre de deux inconvénients, qui ont participé à la création des villes en transition. Tout d’abord, la permaculture a vu le jour en Australie, dans un contexte géographique de terres abondantes et de climat difficile. Ces deux points ont amené la permaculture à se focaliser sur la production de nourriture, et l’aménagement de terrains individuels (ou de petites communautés). Le mot permaculture vient d’ailleurs à l’origine de la contraction de permanent agriculture (agriculture soutenable), avant d’être redéfinie comme permanent culture (culture durable), sous le travail de David Holmgren. Deuxièmement, la permaculture est un concept difficile à expliquer facilement à la première personne venue (Rob Hopkins s’amuse à dire qu’il faut un tableau, des feutres, et quinze minutes pour dessiner des poules, des mares et des serres).

Ces deux points font dire à Rob Hopkins que les permaculteurs privilégient généralement une distanciation vis-à-vis de la majorité de la société (vivant dans des villes de moyenne et grande taille), en retournant à la campagne et aménageant leur terrain, plutôt que de choisir de transformer directement la société. Si la permaculture est cette première vision, les villes en transition seraient donc cette seconde facette complémentaire.

Le mouvement francophone

Tout comme la permaculture, les villes en transition se développent principalement dans les pays anglophones (Angleterre, États-Unis, Australie, ...)[2]. Pour remédier au manque de visibilité des initiatives de transition dans le monde francophone, un groupe de discussion, Objectif Résilience, a été créé en avril 2008. Ce groupe coordonne notamment des traductions, comme celle du guide des initiatives de transition. En mars 2009, le site francophone des villes en transition a été lancé, dont le but est de fournir de l’information ainsi qu’un service aux initiatives francophones. En France, les villes en transition ont acquis une plus grande visibilité depuis la parution d’un article dans le numéro de février 2009 du journal s !lence[22] et de la parution du livre Antimanuel d’écologie d’Yves Cochet[23], qui y consacre une demi-douzaine de pages.

Mouvements similaires

D’autres mouvements ont traité les mêmes problématiques que le mouvement des villes en transition, c’est le cas notamment de l’association Oil Depletion Analysis Centre au Royaume-Uni et l’ONG Post Carbon Institute aux Etats-Unis. Ces organismes ont rédigé des guides pour permettre aux municipalités de faire face au pic pétrolier, respectivement Preparing for Peak Oil et Post Carbon Cities Guidebook. Ces guides viennent en aide aux élus qui ont signé le Protocole de Rimini pour leur permettre de l’appliquer dans leur ville.

Lorsqu’une ville est déjà le siège de plusieurs associations environnementales, la difficulté est de travailler en partenariat avec ces initiatives, en leur faisant comprendre que l’initiative des villes en transition n’est pas en concurrence, mais peut servir de cadre plus général dans lequel l’expertise et la connaissance de ces associations ont toute leur place. Des associations comme les amis de la Terre, ATTAC ou des initiatives comme Slow Food ou le réseau Cocagne sont des partenaires privilégiés pour une initiative de transition.

Décroissance

Le mouvement de la décroissance (ou de l’après-développement) est en France celui qui pourrait se rapprocher le plus des initiatives de transition. Les points communs sont en effet nombreux : décroissance énergétique, relocalisation de l’économie, diminution de l’empreinte écologique, réappropriation des savoirs et des techniques, simplicité volontaire, ...

Dans certaines villes, le mouvement pour la décroissance est à l’origine de nombre d’initiatives (AMAP, SEL, ...) dans la droite ligne du concept des villes en transition.

Les différences entre la décroissance et l’initiative des villes en transition sont à peu près les mêmes qu’avec les autres mouvements, et se retrouve dans les principes évoqués précédemment. Premièrement, la décroissance ne développe pas une vision positive aussi poussée que celle des villes en transition et tient plus de l’utopie que de la vision pragmatique et subordonnée à un calendrier d’actions.

Les positions des mouvements décroissants vis-à-vis des instances politiques diffèrent également. En effet, soit les mouvements y sont intégrés (avec la création d’un parti pour la décroissance[24]), soit ils se trouvent dans une position de confrontation (manifestations, désobéissance civile, position anarchiste[25] ...). La décroissance ne possède également pas la philosophie permaculturelle sous-jacente dans les initiatives de transition. Cette dernière offre un cadre conceptuel fort, affiné et appliqué depuis plus de 30 ans, et notamment la compréhension des écosystèmes naturels et leur transposition à des systèmes anthropiques.

Ces différences montrent toute la légitimité des villes en transition, qui ne sont pas la transposition anglo-saxonne de la "décroissance française", mais offrent une nouvelle vision et de nouveaux outils. Mais ces différences ne masquent pas les profondes ressemblances de ces mouvements, appelés à collaborer ensemble.

Critiques

Plusieurs critiques ont été émises à l’encontre du mouvement des initiatives de transition[26],[27]. Ces critiques ont donné lieu a des réponses de la part de Rob Hopkins[28],[29],[30].
Notes et références

Sources et références

1. ↑ (en) What is Transition Town Kinsale? . Mis en ligne le 19 février 2009
2. ↑ a, b et c (en) It’s official ... . Consulté le 2 mai 2009
3. ↑ a et b (en) Département US de l’énergie, Peaking of World Oil Production : Recent Forecasts, 2007 [lire en ligne ]
4. ↑ (en) ASPO Newsletter n°99 , mars 2009
5. ↑ a et b (en) Rob Hopkins, Energy Descent Pathways:evaluating potential responses to Peak Oil, 2006 [lire en ligne ], p. 18-19
6. ↑ INSEE, Annuaire statistique de la France, 2004 (ISBN 2-11-068237-X)
7. ↑ INSEE, Consommation d’énergie primaire par type d’énergie et par secteur , 2007.
8. ↑ Direction Générale de l’Énergie et des Matières Premières, Observatoire de l’Énergie, Bilan énergétique de la France pour 2007, 2007 [lire en ligne ]
9. ↑ (en) Shaun Chamberlin, The Transition Timeline : For a local, resilient futur, Green Books, 2009 (ISBN 9781900322560), p. 1
10. ↑ (en) Rob Hopkins, The Transition Handbook : From Oil Dependency to Local Resilience, Green Books, 2008 (ISBN 9781900322188), p. 141
11. ↑ (en) Rob Hopkins, Energy Descent Pathways:evaluating potential responses to Peak Oil, 2006 [lire en ligne ], p. 33-40
12. ↑ Transition Primer , p. 24-28. Traduction française .
13. ↑ Transition Training , Transition Network.
14. ↑ Criteria for becoming an "official" Transition Initiative , Transition Network.
15. ↑ Guide des initiatives de transition, liste de films.
16. ↑ Media Coverage of the Totnes Pound , sur la page de Totnes du Transition Network.
17. ↑ The Food and Farming Transition , Post Carbone Institute, printemps 2009.
18. ↑ Nut tree planting in Totnes , sur la page de Totnes du Transition Network.
19. ↑ Association négaWatt, Scénario négaWatt 2006 : pour un avenir énergétique sobre,efficace et renouvelable, décembre 2005 [lire en ligne ]
20. ↑ (en) Rob Hopkins, The Transition Handbook : From Oil Dependency to Local Resilience, Green Books, 2008 (ISBN 9781900322188), p. 136
21. ↑ (en) David Holmgren, Permaculture : Principles and Pathways Beyond Sustainability, Holmgren Design Services, 2002 (ISBN 0646418440)
22. ↑ S !lence, numéro 365 , Villes vers la sobriété, février 2009.
23. ↑ Yves Cochet, Antimanuel d’écologie, Bréal, 2009 (ISBN 2749508452)
24. ↑ Parti français pour la décroissance .
25. ↑ Jean-Pierre Tertrais, Du développement à la décroissance, Éditions du Monde Libertaire, 2004 (ISBN 2-903013-91-8) [lire en ligne ]
26. ↑ (en) Paul Chatterton, Alice Cutler, The Rocky Road to Transition : The Transition Towns movement and what it means for social change, Trapeze, 2008 [lire en ligne ]
27. ↑ (en) John Michael Greer, « Premature triumphalism ». Mis en ligne le 19 novembre 2008
28. ↑ (en) Rob Hopkins, « The Rocky Road to a Real Transition : A Review », 2008. Mis en ligne le 15 mai 2008
29. ↑ (en) Rob Hopkins, « Responding to Various Critiques of Transition », 2008. Mis en ligne le 5 septembre 2008
30. ↑ (en) Rob Hopkins, « Responding to Greer’s Thoughts on ‘Premature Triumphalism’ », 2008. Mis en ligne le 20 novembre 2008

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